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Image : Into the wild et le trip "naturaliste" Into the wild et le trip "naturaliste"

 
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Ororo
Tata Ripley


Inscrit le : 23 Oct 2005
Messages: 3893

Localisation : Dans la fuckin' peau de Christian Bale !

Posté le: Jeu 15 Nov 2007, 22:55:09    Sujet du message: Into the wild et le trip "naturaliste" Répondre en citant

Sortie janvier 2008





Into the wild est la nouvelle realisation de Sean Penn. Mais si, Sean Penn, l’alternative rebelle au monde policé d’Hollywood, un pur et dur qui se revendique d’une Amerique à vif et contestataire plus proche de Jack Kerouac que de Bush & co.



C’est son quatrième film après un premier coup de maître en 91, The Indian Runner (on oublie trop vite que Viggo Mortensen y etait déjà une revelation. ), The crossing guard où il offrait un de ses plus beaux rôles de père eploré et vengeur à Jack Nicholson et The pledge, avec le même Jack et un sujet tout aussi difficile de meurtre d’enfant non resolu…

Ici, Sean Penn embarque son acteur principal, Emile Hirsch (Imaginary heroes, Les seigneurs de Dogtown) dans une adaptation du livre Voyage au bout de la solitude de John Krakaeur (96), soit l’histoire (vie et mort) d’un etudiant de 24 ans qui plaqua tout pour l’Alaska, vivre au contact de la nature.

Eddie Vedder, leader de Pearl Jam a signé quelques chansons (pas de Springsteen cette fois) et Vince Vaughn, Catherine Keener, William Hurt secondent le jeune interprète dans cette aventure passionante qui prouve à quel point Sean Penn, le réalisateur, explore les terrains favoris des grands auteurs americains, avides de grands espaces, de questionnement et remise en cause du monde moderne en exhaltant la nature humaine et peut-être bien en l’exhortant aussi à crier haut et fort cette primalité qui sommeille. Pour le meilleur ou pour le pire.




D’autres avant lui ont exploités ce thème en faisant des films qui repondaient à un courant appellé « l’humanisme environnemental » né dans les années 70. Nous verrons si Into the wild repond à tous ces critères mais l’inspiration et le souffle sauvage (et peut-être sans pitié) y est et on peut s’attendre à ce que Sean Penn ne transige pas pour assouplir les angles et edulcorer le propos.

C’etait l’occasion de rebondir sur le vaste sujet en quelques films.
Des films auxquels, si je dressais une liste parfaite et un etat des lieux fouillé, devraient s'ajouter des livres (The beach d'Alex Garland par exemple ) et des longs metrage d'animation ( Princesse Mononoké de Miyazaki )
mais comme on a pas toute la nuit...

Le voilà donc ce mythe d'un beau retour aux sources de l'humanité et de ses priorités. Se depouiller du souci materiel et repenser sa vie selon une echelle plus raisonnable: nous, minuscule, animal parmis les autres et le grand chaos de la nature souveraine qui dicte sa loi, que l'on choisi d'apprivoiser ou d'embrasser.

Oui mais les 70’s ont cela de different qu’elles brandissent les desillusions de certains rêves et commencent même à annoncer la fin de quelque chose. Comme si une pensée joyeuse de liberté se prenait une claque au visage, qu’après avoir été grisé par l’espoir, il fallait constater que nos pieds etaient bien sur terre et qu’on y etait même jusqu’aux genoux…

La realité n’etait pas outrageusement cruelle ou sanguinaire, mais simplement depeinte sans la chanson des comédies musicales qui l’allegeait, sans la drogue et les petards qui la voyait psychédelique, debridée et sexuellement en fête.
La réalité est redevenue realiste et la nature a repris ses droits, sa place normale de terre vierge mais hostile, d’El Dorado convoité mais imprenable et les hommes s’y font prendre au piège ou se sacrifie à elle s’ils veulent la rejoindre.
On decouvre que le rapport avec elle est moins enjoué, plus en force et dramatique. Rien n’est plus tel que cela semblait être ( un peu comme les indiens que l’on se met à voir d’une autre façon, merci Little big man ) : Dame nature n’est alors plus si differente de la ville hurlante et agressive puisque les enjeux se revèlent semblables. C'est la survie qui prime.

Le constat est loin d’être negatif, il regènere le genre, il permet une apprehension plus consciente, plus sereine (evitons le mot « desabusé ») et l’on apprecie d’avantage alors, je crois, de regoûter ensuite à une certaine naïveté originelle. Les deux visions sont importantes. La nature est necessairement cruelle et grandiose, pourquoi n'aurait-elle pas la même ambivalence que l'homme...


Jeremiah Johnson de Sydney Pollack (1972)


Une des fructueuses collaboration Pollack-Redford, deux auteurs dont l’engagement moral et leur critique de l’histoire americaine n’a jamais faibli. Redford y est un aventurier qui se retire du monde civilisé pour vivre dans une Amerique de grands espaces, sauvage et preservée, où les habitants seraient seulement des indiens et des loups. Ce film est plutôt doux-amer, classique dans sa forme mais très novateur à l’epoque car il empietait encore sur le territoire du western et ouvrait un horizon plus large, que le mouvement « hippie » des 60’s avait initié.


Delivrance de John Boorman (1972)


Indispensable, terrifiant, âpre. L’exemple contraire de la bienveillance du western ecolo qu’etait Jeremiah. Il entraine une bande de copains citadins dans un week-end de « chasse, pêche, nature et tradition » qui vire au pire des cauchemars et symboliquement est un coup dur à la virilité masculine (Burt Reynolds, archetype du mâle sûr de ses muscles, qui se casse pitoyablement la jambe, LA scène derangeante, eprouvante que je ne raconterai evidemment pas et qu’il etait plutôt inedit de voir alors…).
Ici, la nature sert d’abri aux degenerés et humilie les « civilisés », dont le seul tort fut de presumer de leur connaissance et de leur maîtrise de l’environnement…


Dead Man de Jim Jarmush (1995)


La lenteur, le voyage intiatique, la metamorphose d’un jeune comptable ordinaire en hors-la-loi ou comment devenir un peu l’ecrivain poète William Blake… Sorte de neo western majestueux que j’ai eu envie de glisser là parce qu’il m’en reste encore les scènes boulversantes de beauté entre Depp et cet Ouest qui le penètre de plus en plus. La nature porte le même message que l’indien Nobody : elle sauve son âme , elle l’aspire, elle l’attire loin en elle jusqu’à l’integrer.
Et cette image: Blake qui s’etend près du faon mourant et se peint le visage avec du sang, dans une sorte de transmission et de metamorphose.


La ligne rouge (98) / Le nouveau monde (05) de Terrence Malick


Je les couplent parce que même si l’un est d’avantage un film de guerre, il s’appuie magnifiquement sur l’importance de l’environnement, la contemplation des hommes au milieu du conflit barbare sur cette nature si parfaite et si neutre.
Lorsque Terrence Malick reitère l'exploit avec Le nouveau monde, il produit en quelque sorte une nouvelle ôde à la nature primitive et leurs habitants avec un sujet classique mais tellement pur et romantique (dans le bon sens hein) , qu’il semblait taillé pour lui et son œil de poète.

Et si l'on dit de Into the wild ou de son realisateur qu'il est naïf, ca sera peut-être un compliment à lui faire. J'espère que ca sera un de ces films qui aident à mieux respirer.

Smile
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"La seule vie qui soit passionante est la vie imaginaire" V. Woolf

Une cause !
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minakalista
Marie-Antoinette


Inscrit le : 27 Juin 2004
Messages: 1828

Localisation : je suis d'ailleurs

Posté le: Jeu 15 Nov 2007, 23:15:05    Sujet du message: Into the wild et le trip "naturaliste" Répondre en citant

Ororo, ou l'art et le plume de transformer une news en une amorce de dossier thématique extraordinaire (à voir, ça peut être un joli projet d'écriture collectif ça... Rolling Eyes )

J'ai juste envie de voir ou revoir tous les films cités, avec une impatience sans nom pour le prochain Sean Penn maintenant, bravo !
_________________
Ils durent manger un ménestrel, mais l'allégresse ne les quitta point.
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Tim Reechurt
Légionnaire


Inscrit le : 15 Juil 2005
Messages: 2515

Localisation : Lost In La Mancha

Posté le: Jeu 15 Nov 2007, 23:35:28    Sujet du message: Into the wild et le trip "naturaliste" Répondre en citant

Magnifique article Ororo.

Ca donne foutrement envie comme dit mina de replonger dans ces films. Histoire de nous faire patienter jusqu'a la sortie du nouveu Penn, qui promet de bien belle chose.
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"Je sens qu'il y a quelque chose que nous devons absolument faire : défendre l'intelligence au coeur du réel. Et non pas adhérer à la paresse mentale et au conformisme de la plupart."
M.A.
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Laurette SixKiller
Futur Goncourt de mes couilles


Inscrit le : 25 Avr 2005
Messages: 2570

Localisation : Où tu veux, tant qu'on se marre!

Posté le: Ven 16 Nov 2007, 00:13:54    Sujet du message: Into the wild et le trip "naturaliste" Répondre en citant

Wouaah! Quelle prose et pour emboîter le pas à mes comparses, ton article nous met l'eau à la bouche... Franchement, quelle talent! (ça t'étonne toujours? Wink ) Smile

Hallucinant comme le cinéma américain est riche d'Histoire(s)... Merci Saga!
_________________
"2,21 Gigowaaaaatttss?!?.."

Un peu de notre temps...
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Ororo
Tata Ripley


Inscrit le : 23 Oct 2005
Messages: 3893

Localisation : Dans la fuckin' peau de Christian Bale !

Posté le: Ven 16 Nov 2007, 00:44:11    Sujet du message: Into the wild et le trip "naturaliste" Répondre en citant

Merci les ami(e)s, 'très touchée mais ca m'ennuie, j'aurais voulu faire un truc plus complet parce que je n'arrête pas de me dire que j'en oublie (la verité, j'ai failli mettre Rambo...). Donc en cas d'idée, vous gênez pas !

Merci d'être sensible et d'avoir peut-être pleurer devant la bande annonce hum ! Wink
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Daria Morgendorffer
Lvl 66 : Iron King


Inscrit le : 10 Juin 2007
Messages: 1863

Localisation : Paris

Posté le: Ven 16 Nov 2007, 09:45:33    Sujet du message: Into the wild et le trip "naturaliste" Répondre en citant

L'affiche de Jeremiah Johnson de Sydney Pollack (1972) me rappelle beaucoup El Topo!
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raoul duke
Agent Spécial Gonzo


Inscrit le : 27 Sep 2005
Messages: 6600

Localisation : En plein trip !

Posté le: Dim 18 Nov 2007, 06:09:05    Sujet du message: Into the wild et le trip "naturaliste" Répondre en citant

Bravo pour ce bel article soeurette !

D'après mes sources, le dernier Sean Penn est très réussi... vivement ! Very Happy
_________________
T'en a trop pris... T'en as trop pris...
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gweltaz
Captain Cavern


Inscrit le : 18 Avr 2007
Messages: 7575

Localisation : Dans une culotte !

Posté le: Dim 30 Déc 2007, 19:22:48    Sujet du message: Into the wild et le trip "naturaliste" Répondre en citant

Superbe article !
(Fallait bien que je le dise).

A noté qu'un docu (un making of ?) sur le film passe ce soir sur Canal + Cinéma
" Sean penn into the wild "

de 20h30 à 20h50.
_________________
Le jour ou l'on ne joue plus à rien est le jour ou l'on commence à vieillir.
Mr bloom in Twilight zone.

Marc-Grégor / Marc-Gregor:
www.marc-gregor.fr
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